Une étreinte mortelle

On décrit le violent comme un prédateur mais de mon expérience il s’agit davantage d’un parasite.
Le prédateur cède à des pulsions qui peuvent être contrôlés. Par exemple un lion nourri en quantité suffisante aux bonnes heures peut être mis en cage et observé par le public dans un zoo.
Le parasite, lui, a besoin d’un hôte pour vivre. C’est un opportuniste. Les vers ou les poux ne tiendraient pas dans la cage d’un zoo.

Contrairement au prédateur, le parasite ne choisira pas une victime faible ou malade. L’hôte devra être sain et fort car le parasite en sera dépendant. Cependant, si un parasite n’a plus d’hôte, il doit en trouver un autre. Dans les situations d’urgence, les hôtes les plus disponibles du fait de la proximité, de leur vulnérabilité et de leur pré-conditionnement sont les enfants.

Il doit sembler plus simple d’un regard extérieur de s’imaginer que toutes les personnes victimes sont faibles et fragiles mais il n’en est rien. Peut-être que cela permet de m’être une certaine distance avec les victimes et de se convaincre que ça n’aurait jamais pu nous arriver à nous.
C’est le parasite qui détruit l’hôte, lentement et de l’intérieur. Il agit dans l’ombre car on ne peut pas le voir à l’œil nu. A un stade avancé l’hôte dépérit. L’observateur en déduit que l’hôte est « malade ». Il développe des symptômes génériques souvent mal diagnostiqués. L’hôte les ressent bien avant qu’ils ne se voient.
A ce moment là quand une victime parle l’observateur la croit parano et il trouve des explications plus rationnelles qui peuvent expliquer les symptômes. Des scénarios où la victime est toujours « à l’origine de… ». La victime doute de ses ressentis et s’en remet à l’avis de l’observateur.
On pense à tort que les victimes ne parlent pas mais pour la plupart elles ont essayé parfois à plusieurs reprises mais n’ont pas été entendues.
Plus l’hôte est résistant, plus son agonie est longue.
Le premier réflexe de l’hôte va être de lutter contre le parasite. Il s’agit d’un instinct de survie. Très vite les forces manquent. Quand il ne peut plus se défendre, il se résigne. Il a le sentiment de se liquéfier de l’intérieur.
La rencontre entre le parasite et son hôte est une mort programmée. Sans aide extérieure l’hôte est condamné.
Le féminicide choque car c’est un acte soudain, d’une extrême violence et définitif. La mort physique est inconcevable pour tous mais qu’en est-il de la mort psychique ? Combien de victimes sont poussées au suicide, dépersonnalisées ou dans un état dépressif majeur ?
Ce sont ces victimes là qu’il faut pouvoir identifier et aider avant qu’il ne soit trop tard.

Lorsqu’un prédateur attaque une proie, cette dernière à une opportunité de fuir. Lorsque l’on a à faire à un parasite, la fuite est inutile. Il s’agit d’une contamination interne. Il y a un lien « vital » entre le parasite et l’hôte. Cela explique en partie pourquoi la victime retourne auprès de son bourreau, après avoir investi beaucoup d’énergie à le quitter. C’est très mal compris par l’observateur qui tient souvent un discours culpabilisateur ou décide de ne plus soutenir la victime voire se range du côté de l’agresseur.

Pour proposer un traitement adéquat, il faut bien connaitre et comprendre le fonctionnement du parasite. Il semble évident qu’il ne dévoilera pas ses failles volontairement. Seuls les hôtes rescapés capables de fournir des informations peuvent le faire. Or on se concentre sur le « malade », ses symptômes et son terrain. Cela, bien qu’utile ne permet pas de trouver un remède efficace. On ne traite pas une bactérie comme un virus même si les deux peuvent donner de la fièvre.

Dans son discours d’ouverture du Grenelle, le Premier Ministre a parlé du « droit de respirer ».
Vivre avec un conjoint violent c’est respirer un air contaminé. Les enfants qui naissent et grandissent, dans cet environnement sont, de fait, contaminés. Si éloigner la victime et ses enfants de la source de contamination est un geste de premier secours nécessaire, il reste primordial de connaitre et d’évaluer les symptômes puis de les traiter. (Ex. : Mise sous oxygène après inhalation de fumée).
Il faut être conscient que certaines maladies sont asymptomatiques ou latentes. (Ex. : le Paludisme)